L’essentiel en quatre points :

  • En l’état actuel des connaissances, la lumière bleue ne présente pas de risque pour nos yeux mais décale notre rythme circadien : s’il peut être bénéfique d’y être exposé.e en début de journée, se maintenir à sa proximité en soirée ralentit l’endormissement
  • Regarder un écran pendant de longues heures à faible distance peut générer de la fatigue visuelle et développer le risque de myopie
  • Opter pour la règle des 20-20-20 permet de soulager l’œil de cette mise au point continue qui le fatigue et s’exposer au moins une heure par jour à la lumière naturelle limite le risque de myopie
  • Ajuster les paramètres de luminosité et de couleur de son écran évite les risques d’éblouissements et d’inconfort tout en limitant le décalage de l’horloge biologique
Charlotte Bernard
Charlotte Bernard
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La “lumière bleue” émanant de nos écrans fait de plus en plus parler d’elle, et ce de façon parfois alarmante. Certaines études largement relayées dans la presse grand public semblaient prouver des dommages de la lumière bleue des LED sur l’oeil humain. Nous avons enquêté et analysé toute la littérature scientifique à ce sujet. Alors qu’en est-il vraiment ?

Rappelons en premier lieu que toutes les sources de lumière blanche contiennent de la lumière “enrichie en bleu” : le soleil en est même la principale source. Nous la trouvons également dans les LED (light-emitting diodes), dans les ampoules fluorescentes, et donc dans les éclairages de nos ordinateurs ou smartphones.

Cette lumière bleue correspond à l’émission de rayonnements à des longueurs d’ondes courtes et particulièrement énergétiques, proches des ultraviolets. Comme nous passons de longues heures devant nos écrans, la question des risques potentiels sur la rétine a progressivement pris de l’ampleur.

En réalité, aucune étude n’indique à ce jour que la lumière bleue issue de nos outils digitaux puisse présenter un quelconque risque pour la santé de nos yeux, et ce, en cohérence avec les préconisations de la norme européenne de sécurité photobiologique NF EN 62471. Le Code du Travail revient d’ailleurs lui aussi sur les valeurs limites d’exposition de ces rayonnements. Au quotidien, seuls les spots particulièrement directifs comme les lampes torches peuvent perturber la vision, en particulier des personnes les plus sensibles. C’est le cas des enfants, par exemple, dont le cristallin ne s’est pas encore jauni. Ce jaunissement, chez les adultes, permet justement d’absorber une partie de la lumière bleue. Les personnes dénuées de cristallin ou avec un cristallin artificiel ainsi que les personnes consommatrices de substances photosensibilisantes sont elles aussi davantage sensibles à ce type de lumière. Mais cette perturbation s’estompera au bout de quelques heures, au maximum. Il est vrai, en revanche, que la lumière bleue peut aggraver une DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge) mais aucune étude scientifique n’a à ce jour pu démontrer l’influence de la lumière bleue sur l’apparition de la pathologie.

Le seul impact de la lumière bleue sur les humains connu à ce jour est le décalage de l’horloge biologique. La lumière bleue inhibe en effet la sécrétion de l’hormone favorisant notre endormissement, la mélatonine. Et cela se comprend d’un point de vue évolutionnaire ! Souvenons-nous : le soleil est la plus puissante source de lumière bleue. À une époque où nous devions chasser nos proies et éviter d’en devenir, nous avions tout intérêt à être alertes et vigilants dès le lever du jour, et cette sensibilité nous est restée. Or, nous sommes nombreux.ses à garder l’oeil rivé sur nos écrans en soirée, ce qui retarde nos retrouvailles avec Morphée, même à un faible niveau de luminosité. Dans l’idéal, il nous faudrait couper le lien virtuel environ deux heures avant de dormir. A défaut, nous pouvons désormais utiliser des logiciels gratuits ou des applications réduisant la lumière bleue (F.lux pour les ordinateurs par exemple et les modes nocturnes pour nos smartphones et tablettes). Ces derniers sont au moins aussi performants que des lunettes anti-lumière bleue.

Au fond, l’enjeu principal, c’est le temps que nous passons sur nos écrans ! Nos yeux ne sont pas faits pour effectuer la même mise au point des heures durant et la proximité oeil-écran augmente le risque de myopie, en particulier chez les jeunes. D’où l’importance de réaliser des bilans orthoptiques de façon régulière. Une bonne pratique consiste également à porter son regard, toutes les 20 minutes, pendant 20 secondes, 20 mètres au loin : c’est la règle des 20-20-20. S’exposer au moins une heure par jour à la lumière naturelle a également un effet protecteur contre la myopie. Sans compter que ces réflexes permettent de soulager la fatigue visuelle, aussi appelée « syndrome de la vision artificielle », caractérisée par des picotements au niveau des yeux, la vision qui se brouille, des maux de tête, etc. Enfin, veiller à l’ergonomie de son environnement professionnel ou personnel est primordial pour éviter les éblouissements et les éclairages aveuglants. Lorsque nous nous concentrons sur écran, les fenêtres donnant sur l’extérieur ne devraient idéalement ni être en face de nous, ni derrière nous afin d’éviter les reflets parasites. Bref, il s’agit avant tout de revenir aux fondamentaux de l’ergonomie à son poste de travail.

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